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Réseau Express Régional ou le surréalisme à la belge ?

chantier RER2012, 2015, 2018, 2022, 2025…. Ces dates annoncent–elles les prochaines fins du
monde ?… mais non voyons ! Il ne s’agit que de l’échéance sans cesse reportée du
RER bruxellois. L’on est d’ailleurs en droit de se demander ce qui de l’apocalypse ou
de l’achèvement de ce projet surviendra en premier !
En 2001, on nous promettait que grâce au Réseau Express Régional, notre capitale
serait plus rapidement accessible en transport en commun, avec pour objectif de
freiner l’augmentation du trafic automobile. A terme, dans un rayon de 30 kilomètres
autour de la capitale, les voyageurs pourraient compter sur un train toutes les quinze
minutes aux heures de pointe.
Sur papier le projet est louable. Sur le terrain, c’est le flou artistique.
Il faut faire passer de deux à quatre voies le réseau ferroviaire existant, ce qui signifie
réaliser les travaux de terrassement, poser les voies, élargir les ponts sur la voie,
placer les caténaires, prévoir un matériel roulant supplémentaire, construire de
nouveaux arrêts… Tout en laissant les voies en service pendant le temps des travaux.
On l’aura compris, le chantier du RER est titanesque, mais est-ce la seule raison d’un
tel retard ?

Evidemment non ! Passons en revue les multiples causes de ralentissement :

  • Manque de moyens : Le plan pluriannuel d’investissement de la SNCB 2013-2025s’élève à 26 milliards d’euros. Sur cette somme, seul 5 %, à savoir 1, 278 milliard,est consacré au RER. Autrement dit, il est relégué au rang des « politiques et investissements accessoires » de la SNCB. De plus, l’on peut s’interroger sur les9 5 automotrices dont l’achat est programmé en 2013 pour un montant de 157millions d’euros. Non seulement ce nombre n’est pas suffisant pour assurer un développement correct de l’offre RER, mais surtout elles seront déjà mises en service cette année, servant donc « classiquement » la politique de la SNCB. Enfin, les Bruxellois ne recevront que 3,5 millions d’euros pour l’aménagement des gares RER à Bruxelles.
  • Manque de concertation : En 2001, un accord de coopération (complété par une loi en 2002) est signé entre Wallonie, Flandre et Bruxelles et prévoit que : « Le gouvernement de la Région flamande, le gouvernement de la Région wallonne et le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale s’engagent à terminer lesdifférentes procédures relatives aux demandes d’autorisations administratives et permis requis selon les différentes réglementations ressortant de leurs compétences, tels les permis d’urbanisme dans un délai maximum de dix-huit mois à partir de l’introduction du dossier complet par le demandeur ». Le RER peut être vu comme un test grandeur nature de la coopération entre les trois Régions de la Belgique fédérale et le bilan est particulièrement désastreux.
  • Manque de volonté politique : La Région bruxelloise se devait d’être le moteur de
    ce projet, mais il s’avère que ce n’est pas le cas. Car si la création du RER
    désengorgerait le trafic autour de Bruxelles et bénéficierait aux navetteurs, il
    pourrait également causer l’exode de 15 000 à 25 000 ménages à hauts revenus vers la Wallonie ou la Flandre. De plus, le projet du RER s’est développé en parallèle avec la réorganisation de la SNCB et sa division en trois filiales, avec comme conséquence qu’aucune d’entre elles ne porte réellement le projet. Cet immobilisme est inquiétant lorsque l’on sait que les conséquences pourraient être l’étouffement de Bruxelles et le déplacement de l’activité économique vers le Nord.
  • Nombreux recours au Conseil d’Etat qui paralysent les travaux : Parmi ceux-ci, un
    arrêt du Conseil d’Etat mérite d’être épinglé afin d’illustrer l’absurdité de certains
    blocages ! En effet, le 15 octobre 2012, la dixième chambre néerlandophone du
    Conseil d’Etat a annulé pour la deuxième fois le permis de bâtir délivré par la
    Région bruxelloise au motif que les documents officiels n’auraient dû être écrits
    qu’en néerlandais. Le permis d’urbanisme concernait la mise à quatre voies de la
    ligne 124 (Bruxelles-Nivelles) à hauteur d’Uccle, sur un tronçon de 1307 mètres. Il
    comprenait non seulement l’aménagement des voies, mais également la
    construction d’une halte à Moensberg et la démolition d’une partie de la gare de
    Linkebeek. L’on pensait celle-ci à cheval sur les Régions flamande et bruxelloise
    et, par conséquent, la demande de permis et les documents de l’enquête publique
    devaient être rédigés en néerlandais, ce qui ne fut pas le cas. Infrabel devait donc
    recommencer toute la procédure, entraînant de nouvelles années de retard ! Les
    navetteurs peuvent remercier Rachid Madrane le nouveau secrétaire d’Etat à la
    Région de Bruxelles-Capitale, chargé de l’Urbanisme et de la Propreté publique. En
    étudiant les photos du site problématique, il a eu un doute sur la localisation de la
    gare de Linkebeek. De la consultation de géomètres et de la vérification auprès des
    communes concernées, il ressort que la gare de Linkebeek se trouve uniquement en
    territoire flamand. Ce qui signifie que la Région bruxelloise n’a pas à se prononcer
    sur sa démolition, qui ressort uniquement de la Région flamande.
    La Région bruxelloise a donc pu statuer sur la mise à quatre voies de ce tronçon et la
    construction de l’arrêt Moensberg et signer le permis d’urbanisme en date du 30
    janvier 2013. Nous ne pouvons que nous en réjouir quand l’on sait qu’Infrabel a
    annoncé avoir besoin de 7 ans après la délivrance du dernier permis pour achever les
    travaux.

Le Réseau Express Régional devrait être rebaptisé le Réseau Escargot Régional.
Affligeant pour un pays pionnier dans le développement du rail, ne trouvez-vous
pas ?
Je me permettrai de conclure sur une dernière information. Savez-vous que la Région
flamande et la Région de Bruxelles-Capitale vont créer un réseau RER-vélo
comprenant 400 km de routes cyclables : 205 km en Région flamande et 193 km en
Région bruxelloise ? Ce projet devrait nécessiter un investissement de 120 à 150
millions d’euros et l’objectif est de le réaliser d’ici 2025. Les paris sont ouverts pour
savoir lequel de ces deux RER verra le jour en premier.

 

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